mardi 7 juillet 2015

Le Verdict, Franz Kafka.


Auteur : Franz Kafka
Traducteur : Claude David
Éditeur : Gallimard
Collection : Folio
Prix : 4.60€

Cette très légère nouvelle de son nom original allemand Das Urteil, dit Le Verdict en français,témoigne remarquablement de la simplicité d'écriture qu'avait Kafka puisqu'elle fut écrite en une nuit, plus précisément dans la nuit du 22 au 23 septembre 1912.
Je pense qu'elle fut pour Kafka une nouvelle très particulièrement touchante à écrire puisqu'elle pouvait lui rappeler le conflit très puissant qu'il entretenait avec son père, c'est d'ailleurs une nouvelle qu'il a eu du mal à écrire, et après un long moment sans inspiration,  il cite :
« Pour la première fois depuis une semaine, échec presque complet dans mon travail. Pourquoi? J'ai pourtant traversé des états de toutes sortes la semaine dernière et j'ai préservé mon travail de leur influence; mais j'ai peur d'écrire là-dessus ». Cela témoigne réellement des terribles souffrances que devait ressentir Kafka en abordant une relation père-fils.



 C'est une nouvelle qui je pense méritait une critique mise à part du texte intégral qui comprend La Métamorphose et autres récits, il y aura une critique globale du texte intégral, mais je pense nécessaire de s'appuyer sur certaines nouvelles, qui sont d'ailleurs parues en texte seul dans d'autres éditions tel que dans l'édition Mille et une nuit, où l'on peut retrouver Le Verdict, ou bien dans d'autres éditions où l'on peut retrouver par exemple, La Métamorphose, texte très populaire. 
Je pense donc faire l'éloge de plusieurs critiques qui concerneront une nouvelle de ce recueil. 


 Donc, comme je le disais précédemment cette nouvelle témoigne de la simplicité d'écriture de Franz Kafka mais aussi de sa qualité, elle s'inspire également de Kafka puisque nous retrouvons dans la nouvelle "le double" de Kafka, et cela a été démontré, en effet il l'explique dans son interprétation, je cite :
« Georg a le même nombre de lettres que Franz. Dans Bendemann, "mann" n'est qu'un renforcement de "Bende" proposé pour toutes les possibilités du récit que je ne connais pas encore. Mais Bende a le même nombre de lettres que Kafka et la voyelle e s'y répète à la même place que la voyelle a dans Kafka. Frieda a le même nombre de lettres que F. et la même initiale, Brandenfeld a la même initiale que B. et aussi un certain rapport de sens avec B. par le mot "feld". Il se peut que la pensée de Berlin n'ait pas été sans m'influencer et que le souvenir de la marche de Brandenbourg ait également joué un rôle »

C’est donc très intéressant et très troublant à la fois, Kafka était un être très étrange, mais si passionnant à la fois…

J'ai été pendant ma lecture, un peu vertigineuse en effet, nous passons d'une chose à une autre, c'est une œuvre très courte qui transmet un sentiment de largeur, nous ne savons plus si cet homme qui est Georg est un homme pris par le pouvoir des affaires ou si le sentiment personnel l'encombre, c'est très perturbant mais très intéressant à la fois.


Nous rencontrons dans la nouvelle cinq personnages, Georg Bendemann, en est le principal, sa femme Frieda Brandenfeld est fille d’une famille aisée, un ami de Georg vivant à St Pétersbourg, et le père de Georg, homme âgé, à la fin de la nouvelle physiquement en mauvaise santé, mais très bon orateur, il arrivera à mener Georg à la mort.

La nouvelle commence un dimanche matin, et se passera par ailleurs, en un seul dimanche, alors que Georg termine d’écrire une lettre à son ami de St Pétersbourg, il hésite à lui faire part d’une invitation à son mariage avec Frieda Brandenfeld, puisqu’il connaît une difficulté au niveau de ses affaires, en effet celles-ci ont muri de façon considérable, ils ont doublé le chiffre d’affaires et le personnel, les relations épistolaires entre Georg et son ami étaient fréquentes, il avait abordé ses fiançailles avec « une fille », à tel point que son ami commençait à s’y intéressait, or ce n’était pas ce que voulait Georg, il ne voulait pas de lui à son mariage, inquiet il ne sait pas comment aborder cela dans sa lettre. En allant déposer sa lettre, il passe par la chambre de son père, endroit où il ne se rend pratiquement jamais. C’est là que se trouve le cœur de cette nouvelle, en effet, il commence un long affrontement plus ou moins brutal entre Georg et son père. Georg est surpris de voir les conditions de vie de son père, c’est dans une ambiance morne qu’il va découvrir que son père porte un linge sale, qu’il ne touche pratiquement pas à son repas, que la pièce est sombre, que les fenêtres ne sont pas ouvertes, son père vit dans une ambiance morbide. 

La relation entre Georg et son père débute très mal, en effet, monsieur Bendemann couvre Georg de reproche, il doute de l’existence de son ami russe, il s’adresse d’une manière brutale et aigrement à Georg, il refuse son aide et ses soins. Il remet en question son mariage avec Frieda, et lui avoue avoir joué la comédie, ainsi il lui dit connaitre son ami de St Pétersbourg mieux que lui, un long débat commence, le père couvre Georg de reproche et de remords, très brutalement, pris d’un pouvoir paternel il reproche Georg d’avoir grandi trop vite et il cite : « Et c'est pourquoi, sache ceci : je te condamne en cet instant à la noyade. »

Étonnamment, Georg déboussolé et chassé de la chambre, quitte la maison, il sauta par-dessus le parapet et se jeta, sous les ordres de son père à l’eau, il dit : « Chers parents, je vous ai pourtant toujours aimés ! ».
La nouvelle se termine par cette phrase qui fut parlée d’elle : « À ce moment, il y avait sur le pont une circulation littéralement folle. », cette phrase pose problème car dans la version allemande originale le mot « Verkehr » ai été utilisé, en allemand c’est un mot ambigu qui peut désigner « trafic » ou « rapport » sociale ou sexuelle, Franz Kafka l’a expliqué en écrivant à son ami et biographe Max Brod : « Sais-tu ce que signifie la phrase finale ? J'ai pensé en l'écrivant à une forte éjaculation » N’est-ce donc pas fou et bon ? Cet homme est fou et ça me plaît !
La nouvelle se termine de cette façon et je peux vous dire que lire cela est complètement bon et fou !
C’est tellement fort, c’est tellement marqué par la domination du pouvoir dans l’absurdité la plus totale ! Nous ressortons de ça chamboulé est plein de questions ! Et dire que cela a été écrit en une nuit, cet homme devait être rempli de souffrance, c’est complètement fou !  

Franz Kafka.







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